Congo – Disparition de Joséphine Mountou-Bayonne: un challenge pour la relève des femmes en politique

La sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne@adiac
La vénérable sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne@adiac

« L’icône des droits de la femme » au Congo s’est éteinte à l’âge de 93 ans, le 24 octobre en France. Elle sera inhumée au Congo le 18 novembre. En France, un hommage appuyé lui a été rendu les 12 et 14 novembre en présence de la première dame du Congo, Antoinette Sassou N’Guesso, de Rodolphe Adada, ambassadeur du Congo en France et de Anatole Guy Elenga, président du Parti Congolais du travail (PCT Fédération France – Europe), son parti politique. Connue pour avoir révolutionné l’action politique en faveur des femmes, la disparition de la « Simone Veil du Congo » questionne sur la relève des figures politiques féminines encore peu nombreuses.

Au funérarium de Villetaneuse, Antoinette Sassou N’Guesso, épouse du chef de l’Etat congolais s’est montrée très affectée par la perte de Joséphine Mountou-Bayonne. Figure emblématique de l’émancipation de la femme au Congo, la sénatrice a porté le prénom des femmes  qui font la révolution. Ce n’est pas étonnant, Joséphine Mountou-Bayonne a fait enraciner au Congo le célèbre slogan « Seule la lutte libère » de l’Union Révolutionnaire des Femmes du Congo (U.R.F.C), première organisation politique des femmes au Congo dont elle a assuré la présidence pendant cinq années de 1974 à 1979. Un slogan de ralliement des femmes congolaises autour de l’U.R.F.C,
ressuscité cette année par Inès Nefer Bertille Ingani, ministre congolaise de la Promotion de la femme et de l’Intégration de la femme au développement et de l’Economie informelle, présidente de l’Organisation des femmes du Congo (OFC) à l’occasion de la campagne de promotion de la femme congolaise en politique et en hommage au travail abattu par les fondatrices de l’URFC.

La première dame du Congo, Antoinette Sassou N'Guesso en pleurs à la levée de corps de la sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne le 14 novembre au funerarium de Villetaneuse@Elihu
La première dame du Congo, Antoinette Sassou N’Guesso en pleurs à la levée de corps de la sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne le 14 novembre au funerarium de Villetaneuse@Elihu
Antoinette Sassou N'Guesso, épouse du chef de l'Etat congolais accompagnée de Rodolphe  Adada, ambassadeur du Congo en France à l'office religieux en hommage à Joséphine Mountou-Bayonne au funerarium de Villetaneuse le 14 novembre @Elihu
Antoinette Sassou N’Guesso, épouse du chef de l’Etat congolais accompagnée de Rodolphe Adada, ambassadeur du Congo en France à l’office religieux en mémoire de Joséphine Mountou-Bayonne au funerarium de Villetaneuse le 14 novembre @Elihu

Appelée affectueusement  « la République », la sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne laisse une trace indélébile dans la vie politique au Congo. Nombreux témoignent de sa force de caractère,  de son acharnement au travail et de sa volonté de  transmission des valeurs, comme l’a évoqué, en pleurs, sa petite-fille Laeticia Ayessa, lors de la veillée de recueillement : « (…)  C’est une femme battante qui nous a inculqué des valeurs de travail, de simplicité, d’amour, de communion. Cette femme qui a milité longtemps pour son pays, cette femme du comité centrale du PCT, cette femme de l’URFC. Je vais garder en mémoire cette femme de caractère, cette mamie coquette. J’ai la conviction qu’elle est partie en paix ». Pour ses « camarades » de sa classe politique, elle fut tout à la fois : « femme de tête, icône des droits de la femme, leader, militante avant-gardiste, femme au service de la nation, femme travailleuse, modèle de réussite féminine, coach, femme de caractère, doyenne ». On retiendra de son influence que c’est sous sa présidence à l’URFC que le président Marien Ngouabi prononça le 12 mars 1977 un discours historique sur l’éducation de la femme, sa place et son rôle dans la société congolaise.

Après Joséphine Mountou-Bayonne, il restera l’héritage politique et le travail mémoriel

La femme politique coche la liste des doyennes de l’URFC sur les combats en réponse aux défis de leur époque. Sa disparition questionne sur les nouvelles femmes de tête capables de prendre la juste part du monde politique congolais selon les attentes locales actuelles et les exigences liées aux nouveaux défis mondiaux. Alors que dorénavant se comptent les  doyennes qui ont valorisé le statut de la femme congolaise, quelle relève aujourd’hui et demain ? Une question qui en appelle une autre : quel héritage au sein de la classe politique féminine dont les figures de proue, encore peu nombreuses, s’illustrent avec timidité ? Le Congo aurait tout à gagner, pour l’exemple et dans l’intérêt des générations futures, à non seulement consulter les doyennes de l’URFC mais encore à travailler à leur promotion pour la transmission des connaissances et des valeurs aux jeunes générations en manque de repères et en quête de modèles féminins.

La dépouille mortelle de la sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne au funerarium de Villetaneuse le 14 novembre@AAFC
La dépouille mortelle de la sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne au funerarium de Villetaneuse le 4 novembre@AAFC
L'office religieux le 14 novembre en hommage à la sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne@Elihu
L’office religieux le 14 novembre en mémoire de la sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne@Elihu

Le prêtre Jean-Martial Ondzié, dans son office religieux  à l’ancienne présidente de l’URFC,  a  saisi le même enjeu de défi de la relève et du devoir de mémoire en ces mots: « Maintenant, le devoir de mémoire s’impose à nous », pour perpétuer la femme politique qui était  « une figure emblématique de la politique congolaise, (…)  un modèle de réussite politique, (…) une femme admirable tant sur le plan personnel que politique, (…) aux grandes valeurs humaines. Maman Joséphine entre définitivement dans l’histoire comme une grande dame de valeur qui demeurera à jamais comme une référence pour les générations entières ». Un accent mis sur la relève des femmes sur la scène politique congolaise et la transmission aux jeunes générations.

Joséphine Mountou-Bayonne, sénatrice des Plateaux, commission Economie et Finances@vox
Joséphine Mountou-Bayonne, sénatrice des Plateaux, commission Economie et Finances@vox
Marche en mémoire de Joséphine Mountou-Bayonne par les femmes du PCTl le 13 novembre à Brazzaville au Congo@geoafriquemedias.cg
Marche en mémoire de Joséphine Mountou-Bayonne par les femmes du PCT le 13 novembre à Brazzaville au Congo@geoafriquemedias.cg

Anatole Guy Elenga, président du PCT (fédération Europe) a pour sa part rendu un hommage solennel à « une femme militante, de premier plan, une icône dont l’intelligence et la force de conviction étaient unanimement respectées », une fierté du PCT, le parti au pouvoir au Congo, qui reste en capacité d’impulser d’autres femmes en politique , et d’encourager les hommes à adopter les codes comportementaux de la masculinité positive, prescrits par l’OMS au Congo, en prévention des violences sexistes, véritables freins à l’émancipation des femmes.

L’U.R.F C  est la référence de l’engagement politique des femmes au Congo

Les femmes congolaises ont toujours été des actrices à part entière de l’histoire de leur pays, même si elles ont été et restent encore peu visibles.  A toutes les époques, elles ont apporté leur contribution. Toutefois, leurparticipation au combat politique fut peu visible parce  reléguées  au second plan à cause des us et coutume rétrogrades , défi qui a été relevé par toutes les formations faites par l’U.R.FC  pour la promotion du statut de la femme dans tous les domaines de la vie publique.  Prenant conscience de leur place,  il y a eu une quête d’émancipation.  Ainsi la Révolution congolaise de 1963 qui amorça les changements  de la condition féminine aidant,  les autorités imposèrent le regroupement de toutes les associations féminines dans une organisation unique, l’Union Démocratique des Femmes du Congo (UDFC) qui céda la place, en 1965, à l’Union Révolutionnaire des Femmes du Congo (URFC). L’URFC sera la seule organisation des femmes jusqu’à la conférence nationale souveraine en 1991, année à laquelle elle fut dissoute.

L’organisation politique a été créée par le parti unique au Congo Brazzaville après les journées de révolte des 13, 14, et 15 août 1963. Officiellement constituée au mois de mars 1965, l’U.R.F.C. est l’organisme sœur de la Jeunesse du Mouvement National de la Révolution (J.M.N.R.) et de la Confédération Syndicale Congolaise (C.S.C.), chargé d’encadrer les femmes du nouveau régime adepte du « socialisme scientifique ».  Pendant les régimes successifs de Alphonse Massamba-Débat (1963-1968) et Marien Ngouabi (1968-1977), l’engagement politique des femmes s’exerce à l’intérieur des organisations de jeunesse, du parti unique et dans les Brigades Féminines de la défense civile. Rappelons que Céline Yandza, Georgette Bouanga, Joséphine Bouanga, Joséphine Mountou-Bayonne, Elise Thérèse Gamassa, Micheline Golengo, Rosalie Mékoyo, Antoinette Tsiémé Gambia Olou, ont été les présidentes successives de l’organisation politique.

Avant tout militante du Genre et de la parité en politique, Joséphine Mountou-Bayonne reste un repère historique dans la défense des droits de la femme. A n’en point douter, son absence laisse déjà un grand vide sur la scène politique congolaise . Une grande perte pour le PCT et l’Organisation des Femmes Congolaises (OFC), née des cendres de l’URFC. Un challenge pour Inès Nefer Bertille Ingani, présidente de l’OFC (après Jeanne Sarah  Dambenzet) et ministre de la Promotion de la femme qui devra assurer la relève et mettre en lumière les nombreuses femmes de poigne restées dans l’ombre.

Carmen Féviliyé

Joséphine Mountou Bayonne, l'icône de la nouvelle génération des femmes congolaises@firstmedia.com
Joséphine Mountou Bayonne, l’icône de la nouvelle génération des femmes congolaises@firstmedia.com
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A propos CARMEN FEVILIYE 710 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France