Cerdotola 2022 : “La Pensée africaine a besoin de se libérer”

Placé sous le signe des Assises pour une Nouvelle Pensée Africaine, la conférence du Centre International de Recherche et de Documentation sur les Traditions et les Langues Africaines s’est tenue à Yaoundé du 25 au 28 octobre. Des échanges de haut vol entre experts et professionnels ont eu lieu sous le prisme de la valorisation patrimoniale africaine.

Sous le haut patronage du président Paul Biya, la cérémonie d’ouverture a été présidée par le Premier ministre chef du Gouvernement, Joseph Dion Ngute. Les trois communications  marquantes ont appelé  la jeunesse africaine à se replonger  dans les valeurs ancestrales.  Depuis 40 ans, a rappelé son secrétaire Exécutif,  Charles Binam  Bikoye, le Cerdotola œuvre essentiellement dans le domaine des langues, de la culture et des traditions africaines.  Après le discours d’ouverture du Premier ministre  Joseph Dion Ngute, la leçon inaugurale du professeur Seloua  Luste Boulbina, philosophe, a ouvert le cycle des communications programmées. En substance, le philosophe a axé son propos sur le patrimoine africain qui a été déporté au fil des siècles. Il a plaidé  pour la restauration de l’ancestralité des pays dépourvus auprès de leurs colonisateurs.

En cérémonie solenelle de clôture, experts et philosophes ont été primés en Entre autres universitaires remarqués, les professeurs Congolais Théophile Obenga et Jean-Luc Aka-Evy (actuel ambassadeur du Congo au Sénégal)  au titre de “Maîtres pour les traditions, les sciences et la pensée” dans les domaines de la métaphysique et l’esthétique. Ce prix, parmi d’autres, est intitulé “Papyrus de Haute distinction scientifique – Maitre des traditions et des sciences africaines”. La suprême distinction du Cerdotola, baptisé “le trophée du Sphinx” a été décerné au président Camerounais Paul Biya comme  grand maître des traditions africaines.

Valoriser les patrimoines d’Afrique

Pourquoi une conférence sur la nouvelle pensée africaine ?  Pour poser les jalons de valorisation des patrimoins d’Afrique. Le Pr Charles Binan Bikoi, secrétaire exécutif du Cerdotola l’avait déjà expliqué à la presse camerounaise et internationale le 20 août à Yaoundé : « L’Afrique est cruellement absente de la pensée contemporaine. Pourtant le continent regorge de penseurs. Un paradoxe parce que la pensée africaine est généralement adossée à la pensée d’ailleurs. Une sorte de pensée sous tutelle. Cet état des lieux efface la présence africaine, il pérénise un ordre du monde défini depuis plusieurs siècles déjà duquel l’Afrique est exclu. Les Africains mettent ainsi l’intelligence africaine au service de causes prétendument universelles mais qui sont retournées contre leurs propres intérêts. Ce constat indique la nature du défi qui interpelle. Les penseurs présumés étant enchainés, la pensée africaine a besoin de se libérer, elle a besoin de retrouver son autonomie“. Il s’agit des assisses pour une pensée de renouvellement, pour le développement sans exclusive pour panser les maux  des peuples afin de conjurer la détresse par la production d’idées novatrices, inspirantes et mobilisatrices pour contribuer à la “problématisation par l’Afrique avec un authentique discours africain”.

Le Trophée du Sphinx@AAFC
Le Trophée du Sphinx@AAFC

L’urgence est en effet de valoriser les patrimoines d’Afrique dans tous les secteurs  à savoir:  économie, écologie, santé, éducation, politique, gouvernance, recherche scientifique, technologie, communication et organisations mais aussi les religions. Ces champs d’expressions de l’humanité vivante africaine   “sollicitent d’être portés par une pensée africaine », avait insisté le secrétaire exécutif du Cerdotola pour qui ” le temps de la rupture et de la recomposition frappe à la porte de l’histoire, comme condition de la renaissance africaine. Seule une nouvelle pensée africaine peut assurer et assumer cet enjeu”, avait-il justifié la convocation par le Certodola 2022.

Les objectifs majeurs de la conférence restent de réconcilier la vision, l’existence et l’acton en faveur del’Afrique, construire des idéologies d’action, irriguer l’existence des peuples africains de la foi en leur humanité, justifier la mise en place d’un humanisme compétitif de la diversité et de la multipolarité, libérer la pensée de sa confiscation selon la seule acception des écoles étrangères et la remettre  au cœur et au service de la vie en tant que sagesse assumée, nourrie d’éthique et d’esthétisme d’Afrique.

Pour l’intelligentsia africaine, l’heure n’est plus aux discours

Dans ce processus de la nouvelle pensée africaine, la plupart des universitaires proposent une prise de conscience collective. Ensuite, il faut recenser les valeurs africaines et vulgariser leur enseignement dans les écoles dès le bas-âge. C’est ce que pense le Pr Déli Tizé Téri, Maitre de conférences au département d’Anthropologie de l’université de Yaoundé 1. Pour cet enseignant-chercheur, il faut « Redonner à l’Afrique sa valeur d’antan longtemps écorchée par la pensée occidentale considérée comme une pensée positive ». « Les occidentaux pensent que les Africains sont passionnés. Or aujourd’hui il y a un renversement de logique selon laquelle l’homme est au centre des préoccupations en Afrique dans le but de chercher son bien-être, la paix, la solidarité et la fraternité » a-t-il renchéri.

Papyrus de Haute distinction scientifique@AAFC
Papyrus de Haute distinction scientifique@AAFC

Au regard des défis de développement qui se posent au continent africain, cet anthropologue de développement exhorte les États à s’engager et à passer à l’action pour la promotion du patrimoine culturel africain, citant  au passage les Bamiliké à l’Ouest, les Toupouri, dans l’Extrême-Nord, les Sawa dans le Littoral au Cameroun qui s’efforcent à préserver leurs traditions.

Le Certodola dont le siège est à Yaoundé au Cameroun, a été créé en 1977 par les Etats Africains. Le centre  est  une institution inter-Etats de coopération scientifique, culturelle et diplomatique pour la préservation, la diffusion et la mise en valeur du patrimoine africain. Comme institution Inter-Etats de coopération scientifique, culturelle et diplomatique pour la préservation, la diffusion et la mise en valeur du patrimoine africain, le Cerdotola a imposé son label comme référence continentale sur les questions historiques, culturelles, et linguistiques. Les États membres sont le Burundi, le Cameroun, le Congo, la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, le Tchad, l’Angola, la Guinée équatoriale, le Rwanda et Sao Tomé-et-Principe. 

Carmen Féviliyé

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A propos CARMEN FEVILIYE 710 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France