Tournée africaine d’Emmanuel Macron: un signal fort de la France de priorité politique et économique

Photo by Christophe PETIT TESSON / POOL / AFP)
Photo by Christophe PETIT TESSON / POOL / AFP)

Première tournée africaine pour le président de la République française qui se rendra dans trois pays d’ Afrique sudsaharienne du 26 au 28 juillet. Un périple qui commencera par le Cameroun les 25 et 26, le Bénin le 27 pour se terminer en Guinée-Bissau le 28 juillet.  Il s’agit de marquer la continuité et la constance de l’engagement du président Français  dans la démarche de renouvellement de la relation avec le continent africain. Il s’agit aussi d’adresser un signal de “priorité politique accordée au continent africain” en s’y rendant dès les premiers mois de son second mandat. 

Le choix des trois pays  est justifié par la volonté de continuité et d’approndissement  des partenariats  en Afrique centrale, encore peu visitée.  Après les régions africaines d’Ouest et de l’Est, la visite en Afrique centrale  démontre la portée continentale du partenariat français avec l’Afrique. Emmanuel Macron se rendra également pour la première fois dans un pays d’Afrique lusophone, la Guinée-Bissau volontaire dans un rapprochement avec la France, mais aussi soucieux de son intégration dans un environnement régional francophone. Il se rendra également au Bénin, de plus en plus intégré et connecté aux problématiques sahéliennes en raison de la menace terroriste sahélienne sur les pays du golfe de Guinée.

Emmanuel Macron sera accompagné de la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Catherine Colonna, de la secrétaire d’Etat au Développement, Chrysoula Zacharopoulou, du ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et du nouveau ministre du Commerce extérieur, Olivier Becht. Ce déplacement permettra  d’approfondir des axes de la politique africaine française  déjà  posés au cours du premier quinquennat du président Français. Il permettra aussi de mettre l’accent sur la crise alimentaire, une des conséquences de la crise ukrainienne, dans la recherche de solutions plus perennes dans l’ensemble des pays d’Afrique frappés par une forte inflation sur les denrées alimentaires  de première nécessité. En effet, si aujourd’hui les Africains y répondent, les mesures prises (subventions sur certains aliments) restent néanmoins de court terme et difficillement soutenables.

Crise alimentaire et initiatve FARM au coeur de la tournée africaine

De source officielle, l’objectif du déplacement en Afrique est d’accélérer  le volet consacré à l’augmentation du potentiel de production agricole des pays africains de l’initiative FARM, lancée en concertation avec la présidence de l’Union africaine lors de de la visite de Macky Sall à Paris.    Comme avec la production de vaccins en réponse à la pandémie du Covid-19, il s’agira de réunir les conditions pour un partenariat de production entre l’Europe et l’Afrique pour renforcer des filières agricoles stratégiques et donner aux différentes régions et pays africains  une perspective de souveraineté alimentaire.

Cameroun : premier point d’application concret de l’initiative FARM et dialogue avec la jeunesse

Pourquoi le Cameroun ? Parce qu’il s’agit tout d’abord de la première économie d’Afrique centrale. Ensuite, le Cameroun un grand pays agricole dont la production est susceptible d’alimenter la consommation de l’ensemble des pays de la région. Enfin, la visite à Yaoundé est une réponse directe au patronat camerounais à la demande d’un  partenariat agricole. En effet, le secteur privé du Cameroun, particulièrement structuré en matière agricole, a été l’un des premiers patronats africains à avoir répondu directement à l’initiative FARM lancée par Emmanel Macron en lui proposant un partenariat de production agricole.

L’agriculture sera le volet concret de mise en œuvre du partenariat étroit entre les entreprises locales camerounaises et le secteur privé français pour  la création des  chaînes de valeur et des filières qui auront vocation à assurer la résilience au Cameroun et en Afrique via l’initiative FARM. Pour répondre à cet objectif, le président Français  se déplacera avec une délégation économique  spécifiquement dédiée à cet enjeu de production agricole, car  il s’agira de construire des perspectives d’investissement sur des filières identifiées comme prioritaires, et déboucher  sur une feuille de route d’investissements français dans l’agriculture camerounaise. La délégation sera composée d’entreprises  françaises du secteur agricole déjà implantées au Cameroun ( la Compagnie fruitière, le groupe Geocoton, la branche agrilculture du Medef International et le GICAM qui est le patronat ocmarounais et plusieurs autres entrepreneurs du pays).

Développer dans la durée des chaînes agricoles

Enfin, la dernière dominante de ce déplacement au Cameroun  pour Emmanuel Macron sera d’avoir une interaction directe avec la jeunesse africaine. À cette fin, un échange sera organisé  à Yaoundé avec des représentants de la jeunesse et de la société civile camerounaise, sur les questions de mémoire et de patrimoine. Cet échange permettra d’aborder des enjeux de participation citoyenne mais aussi d’entreprenariat, de culture et de mémoire. A l’issue de tables rondes qui seront conduites par les jeunes Camerounais qui ont participé au sommet de Montpellier en France, le président Français assistera à la restitution de leurs travaux et échangera directement avec eux sur les idées qui en ressortiront. Le professeur Achille MBEMBE, l’artisant du rapport sur le cadrage du sommet de Montpellier, les artistes Greg-Belobo et Blick Bassy , la journaliste Denise Epoté et d’autres représentants du monde sportif font partie de la délégation.

La visite du président Français au Cameroun s’effectue sur un fond de discours anti-français par certains propagantistes camerounais pro-russes. Interrogé par la presse, Franck Paris, conseiller Afrique du président Français a répondu : ” Il y a tout un travail qui est fait, notamment par notre ambassade sur place pour notamment combattre la désinformation qui est souvent massive sur notre action sur place. Mais au-delà d’être dans cette posture systématique de réponse à la désinformation, notre souci, c’est aussi  celui de pouvoir connecter avec l’ensemble des pans de la société camerounaise et de pouvoir accompagner la jeunesse camerounaise dans ses projets, que ce soit dans le domaine citoyen, entrepreneurial, artistique, scientifique. C’est tout l’effort que nous déployons depuis le sommet de Montpellier. Et il nous semble qu’aujourd’hui que c’est la réponse la plus efficace à ceux qui essaient d’instrumentaliser le discours anti-français”.

Guinee-Bissau : “Donner une visibilité et une accélération à des projets importants” et une perspective d’engagement pour la francophonie

Emmanuel Macron sera ensuite, le 28 juillet, à Bissau. Une étape courte pour un entretien avec son homologue  Umaro Sissoco Embalo et pour une conférence de presse. Cette visite permettra de donner une visibilité et une accélération à des projets importants, notamment la perspective de construction d’une école française à Bissau.  Selon les autorités françaises, cela démontre, l’engagement du pays pour la francophonie. Il sera également question d’agriculture puisqu’une quinzaine de jeunes bissau-guinéens seront envoyés en formation en agronomie à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, prise en charge par l’AFD.  Les deux homologues échangeront également sur des projets  dans le domaine sportif.

Au Bénin, un hommage aux deux scientifiques qui ont fixé le cadre intellectuel de la restitution des oeuvres 

La chercheuse Bénédicte Savoy fera partie du voyage sans Felwine Sarr convié mais retenu aux Etats-Unis. Les deux chercheurs avaient  rédigé le rapport sur la restitution des biens culturels béninois. Benedicte de Savoy  avait accompagné les œuvres du musée du quai Branly – Jacques Chirac à Cotonou. Emmanuel Macron et Patrice Talon tennet à rendre hommage aux deux contributions des deux scientifiques.

Des enjeux de gouvernance et d’Etat de droit

Le déplacement du président Français dans les trois capitales africaines  s’inscrira dans les priorités politiques africaines de la France:  les enjeux de gouvernance et d’État de droit, l’enjeu de sécurité et de lutte contre le terrorisme qui concerne à la fois le nord du Cameroun, et le nord des pays du golfe de Guinée. De même que  le Bénin et le Togo, deux pays frontaliers du Burkina-Faso, exposés à des attaques terroristes. Des échanges auront lieu sur ce sujet avec des autorités béninoises pour définir les modalités d’un soutien français concret pour répondre à ce défi.

© LUDOVIC MARIN / AFP
© LUDOVIC MARIN / AFP

La France souhaite encore apporter son soutien aux organisations régionales, la CEEAC où figure le Cameroun, garante de la stabilité financière de la région de l’Afrique centrale, mais aussi et surtout la CEDEAO, car la présence d’Emmanuel Macron dans le pays va coïncider avec l’accession du président de Guinée-Bissau à la tête de la CEDEAO. Avec le président Camerounais Paul Biya, il sera question  de discuter  sur des engagements qui ont été pris par les autorités camerounaises,  pour répondre de manière pacifique et politique à la crise dans le NOSO. Le point sera également fait  sur la mise en œuvre de ces engagements et des éventuels appuis qui seraient demandés à la France, comme l’expertise française sur les questions de décentralisation.

Il sera encore abordé la question de la stabilité du cadre économique et réglementaire; le Cameroun étant la plus grande économie d’Afrique centrale, c’est une économie dans laquelle plusieurs entreprises françaises investissent fortement et souhaitent continuer à investir. Mais ces entreprises ressentent le besoin de visibilité et de prévisibilité sur le cadre réglementaire en vigueur.

Carmen Féviliyé

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A propos CARMEN FEVILIYE 672 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France