Congo – Lydie-Patricia Ondziet : “Le leadership féminin n’est pas encore une réalité affirmée sur le plan international”

Une analyse de notre contributrice sur l’état du leadership féminin en République du Congo et en Afrique, après sa participation à l’atelier d’actualisation du Plan d’action national de mise en oeuvre de la  “Résolution 1325” des Nations-Unies sur les femmes, la paix et la sécurité.  Une réflexion qui s’est tenue du 19 au 21 octobre 2021 à Brazzaville.  La” Résolution 1325″ est le premier document formel et légal issu du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui impose aux différentes parties d’un conflit de respecter  les droits des femmes et de soutenir leur participation à la reconstruction post-conflit, aux négociations, à la gouvernance et à la consolidation de paix. Membre de la plateforme congolaise des associations féminines de développement, Lydie-Patricia Ondziet est également présidente de la Fondation Renaissance Alkebulan et de l’association La Trinité

Lydie-Patricia Ondziet, présidente de la Fondation "Renaissance Alkebulan"@Lydie-Patricia Ondziet
Lydie-Patricia Ondziet, présidente de la Fondation “Renaissance Alkebulan”@Lydie-Patricia Ondziet

“Les femmes sont de meilleures leaders que les hommes “. Cette phrase a été prononcée par Barak Obama, ancien président des États-Unis, un des hommes les plus puissants de la planète à l’occasion d’un événement consacré au leadership, tandis que son épouse Michel Obama avait été élue « femme la plus influente du monde » en 2010. En effet, pourquoi parler du leadership féminin en ce moment ? C’est en participant à un atelier sur la “Résolution 1325” du Conseil de sécurité des Nations-Unies que l’idée est venue d’aborder ce sujet. L’atelier fut l’élément déclencheur de cet article.

Le leadership est unisexe. Considéré autrefois comme inné, il est aujourd’hui perçu comme une réelle compétence que l’on peut cultiver, développer et même perdre dans certains cas.  Le leadership est un mot issu de la langue anglaise qui signifie « celui qui conduit les autres ».  Le leader est donc le meneur. Ce mot peut être utilisé dans tous les domaines, un leader est une personne qui a un idéal hors norme, qui a des objectifs et qui entraine les autres dans le but d’atteindre ces objectifs. Au-delà de son rôle de fédérateur, le leader est perçu comme un modèle. Ledit leadership peut être potentiellement exercé par toutes personnes charismatiques, quelles que soient leurs positions hiérarchiques. Ce charisme provient à la fois de leurs qualités, de leurs compétences et de leur savoir-faire.

Un leader est une personne avec un idéal hors norme et des objectifs, qui entraine les autres dans le but d’atteindre ces objectifs

Aujourd’hui aucune analyse, aucune réflexion ne peut être faite sans tenir compte du facteur Covid. En effet depuis l’apparition de cette pandémie, la planète entière vit au rythme de ce fléau et de énième confinements, déconfinements, port du masque, fermetures de frontières, vaccins sans oublier l’apparition de différents types de variants. L’Afrique, qui a surmonté la première vague de ce Covid en 2020, est désormais frappée par une flambée de cette épidémie en ce début d’année 2022. La pandémie du coronavirus a mis en exergue de nombreuses failles relatives à la question de l’égalité du genre. La crise sanitaire du Covid-19 a sévèrement impacté l’économie du secteur informel, une économie où les femmes sont surreprésentées.

Le manque de ressources et la féminisation de la pauvreté empêchent les femmes de se mettre en avant et souvent d’embrasser entièrement leur potentiel de leaders. Elles sont souvent victimes de multiples formes de violences (physique, émotionnelle, professionnelle). On doit également tenir compte des normes pratiques, culturelles et sociales qui jouent en leur défaveur telles que l’accès à l’éducation, la formation ; alors que les femmes représentent la part la plus importante du personnel de santé qui s’est illustré en première ligne face à la pandémie. Ce sont également elles qui ont pris la responsabilité des services domestiques additionnels provoqués par les mesures de confinement plus ou moins généralisées à travers le monde.

Aujourd’hui, bien qu’il ait commencé, le changement de mentalité est plus que nécessaire, afin de résoudre le problème d’égalité hommes- femmes et la sous-représentation du leadership féminin. Ce problème de sous-représentation peut être en partie résolu en s’appuyant sur différents piliers que sont  l’information, la formation et la  sensibilisation. C’est un problème lié au fondement même de nos sociétés africaines. Dans certains pays les femmes sont présentes à tous les niveaux de l’exercice du pouvoir politique. Il n’y a pas de discrimination, il existe une égalité de rémunération plus ou moins effective. Malgré la résistance qui peut exister par rapport à des pesanteurs socioculturelles, nous assistons à la prise de plusieurs initiatives en faveur de la promotion du leadership féminin à travers le monde.

Le changement de mentalité est plus que nécessaire afin de résoudre le problème d’égalité hommes-femmes et la sous-représentation du leadership féminin

Un classement de 100 femmes les plus influentes en Afrique en 2021 a été fait par Advance média une agence de marketing et de notation spécialisée dans le classement des personnalités les plus réputées en Afrique. Ces femmes, présentées comme des modèles pour la jeune génération, ont été évaluées dans 8 catégories d’activité et proviennent de 28 pays. Ainsi la première catégorie  “Leadership économique” compte 20 femmes. Nous avons retenu les noms de cinq francophones telles que  l’ivoirienne Laureen Kouassi-Olsson, l’une des grandes figures de la finance en Afrique. Ancienne directrice générale du capital investissement Amethis, Birimian est sa toute dernière création. Cette société d’investissement est dédiée aux créateurs de mode en Afrique. Il y’a la sénégalaise Fatoumata Ba de Janngo Capital ; la nigérienne Djamila Ferdjani, docteure en médecine et présidente de l’ONG MedCom ; la guinéenne Tiguidanke Camara, l’une des seules femmes propriétaires d’une compagnie minière en Afrique (Tigui Mining Group).

Dans la catégorie  “OSC et philanthropie” on trouve des femmes qui dirigent le changement social à travers le continent et au-delà. Nous avons entre- autres, la libérienne Ellen Johnson Sirleaf, ancienne présidente de la République et la nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, cette dernière étant à la tête de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Malgré la résistance des pesanteurs socioculturelles, nous assistons à de nombreuses initiatives en faveur de la promotion du leadership féminin à travers le monde.

Dans la catégorie “Diplomatie”, Louise Mushikiwabo, rwandaise est secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF); Nafissatou Jocelyne Diop, sénégalaise, cheffe du service Genre et Droits humains au Fonds des Nations-Unies pour la Population (UNFPA).

Dans la catégorie “Education et Littérature”, d’origine rwandaise, Agnès Binaghaho est pédiatre ; Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine nigériane connue également comme militante féministe et femme politique.

Dans la catégorie “Divertissement” figurent les musiciennes béninoise et malienne Angélique Kidjo et Aya Nakamura  ainsi que l’actrice Mercy Johnson, nigériane.

Dans la catégorie “Service public”, Allen Kagina est directrice exécutive de l’Autorité Nationale Ougandaise des Routes ainsi que Dorothy Kisara, avocate et dirigeante d’entreprise ougandaise.

Dans la catégorie “Gouvernance”, Sahle-Work Zewde est la présidente de l’Éthiopie ; Samia Suluhu Hassan, présidente de la Tanzanie ; Victoire Tomegah Dogbe, Première ministre du Togo ; Eve Bazaiba est l’unique femme au poste de Vice-premier ministre et ministre de l’Environnement en RDC ; Julienne Lusenge est militante des droits des femmes et particulièrement des droits des victimes des violences sexuelles en RDC ; Jeannette Kagame est l’épouse du président du Rwanda, engagée dans la lutte contre le sida, elle est la fondatrice et la présidente de la Fondation Imbuto ; la namibienne Emma Theofelus, 24 ans, personnalité politique, fut en 2020 la plus jeune ministre au monde.

La sous-représentation du leadership féminin peut être en partie résolue par l’information, la formation et la  sensibilisation.

Dans la catégorie “Média”, nous avons la célèbre blogueuse ivoirienne Édith Ya Brou-Bleu de même que la journaliste sénégalaise Jacqueline Fatima Bocoum.

Notons que les 100 femmes africaines les plus influentes sont des femmes qui ont gravi les échelons dans le secteur privé, créée leur propre entreprise ou ont été à l’avant-garde de la prise de décision tant sur le plan national qu’international. Les critères de sélection comprennent notamment le leadership, la performance, les accomplissements, le partage et la transmission.

Nous soulignerons également que la représentation des femmes en politique est en hausse dans le monde. En Afrique, elles s’affirment dans les instances dirigeantes, jouant pleinement leur rôle de pionnière. Bien que minoritaires à l’exception du Rwanda, elles parviennent à s’imposer au sommet de l’État.

Le continent africain a eu, à son actif 13 présidentes dont 7 par intérim. Bien que certaines aient exercé pour de très courtes durées, ces personnalités ont ouvert la voie à de nombreuses femmes qui mettent leurs talents au service de la chose publique sur le continent. Parmi ces pionnières, nul doute que la plus connue est Ellen Johnson Sirleaf, qui, le 16 janvier 2006, est devenue la première femme présidente élue en Afrique, également la présidente africaine qui est restée le plus longtemps au pouvoir, grâce à sa réélection en 2011 pour un second mandat qui s’est achevé le 22 janvier 2018. Actuellement, trois sont en fonction : Sahle-Work Zewde a été élue à la tête de l’Éthiopie le 25 octobre 2018, le 18 mars 2021, Samia Suluhu Hassan est devenue la présidente de la Tanzanie. Quant à Sandra Prunella Mason, elle occupe le poste de présidente de la Barbade, première cheffe d’État depuis le 30 novembre 2021.

Le continent africain a eu à son actif 13 cheffes d’Etat dont 7 par intérim

Force est de constater que les femmes sont le levier qui permettra au continent de libérer tout son potentiel de développement. En effet, elles représentent la force du continent, mais aussi une opportunité. Le taux d’entrepreneuriat féminin est plus élevé en Afrique que dans toute autre région du monde. Il est indéniable que le leadership se conjugue aussi au féminin ; qu’elles soient dirigeantes d’entreprises ou d’institutions publiques, elles sont le symbole de l’Afrique qui émerge. Effectivement, en matière de santé, de climat, de sécurité alimentaire, d’autonomie économique ou dans le domaine de la solidarité, les femmes jouent un rôle fondamental.

Le cas du Congo-Brazzaville

Clôture de l'atelier d'actualisation du plan d'action national de mise en oeuvre de la Résolution 1325 à Brazzaville@Lydie-Patricia Ondziet
Clôture de l’atelier d’actualisation du plan d’action national de mise en oeuvre de la Résolution 1325 à Brazzaville@Lydie-Patricia Ondziet

L’exploitation du potentiel des femmes, qui constituent 52% de la population congolaise, est un facteur essentiel dans le processus de développement. Toutefois, la représentativité des femmes dans les sphères politiques, administratives, associatives, et dans les entreprises en République du Congo est encore assez faible. Néanmoins, une femme s’est particulièrement illustrée ces dernières années, à savoir Francine Ntoumi, nommée le 8 février 2021 membre du conseil scientifique de l’Insitut de Recherche pour le Développement. Il serait donc opportun de renforcer les capacités, les compétences et l’assurance en soi des femmes en matière de leadership par des formations afin qu’elles deviennent des interlocutrices performantes dans les différents domaines de société. Il incombe de promouvoir l’adhésion et l’implication des femmes dans les institutions privées et publiques (entreprises, administrations, organisations non gouvernementales…) et leur représentativité dans les postes de prise de décision.

La représentativité des femmes en République du Congo est encore assez faible.

Pour un rappel historique,  Émilienne Manima est la première femme à entrer au gouvernement en 1976. Dès lors, le nombre de femmes ministres n’a jamais atteint le chiffre dix. Dans les autres institutions de la République, les femmes représentent 33,33% à la Cour Constitutionnelle, 25% à la Haute Cour de Justice, 50% au Conseil Economique social et Environnemental, 40% à la Commission Nationale des Droits de l’Homme ou encore 25% au Conseil consultatif des personnes vivant avec handicap. La République du Congo a douze  préfectures, dont deux femmes préfètes. Sur les trente-neuf missions diplomatiques congolaises à l’étranger, six femmes sont accréditées comme ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires. S’agissant des deux chambres au Sénat le pourcentage est passé de 19,44% de la législature de 2012-2017 à 20,83% à celle de 2017-2022. A l’Assemblée nationale de la 13e à la 14e législature, le pourcentage des femmes est passé 8,75% à 11,25%. Toutefois,

Le leadership féminin au Congo n’est pas encore une réalité affirmée sur le plan international.

Les femmes sont très peu représentées dans les Conseils départementaux (18,8%) et municipaux (23,4%). Par contre dans la fonction publique, elles représentent 49% du total des effectifs, à savoir 36,9% dans l’administration parapublique, 28,4% dans l’administration publique et 17,6% dans l’administration privée. Compte tenu de toutes ces données, nous pouvons affirmer qu’il y a encore des efforts à fournir.

Malgré les préjugés, le poids de la tradition et au vu des accomplissements réalisés, nous restons optimistes sur l’avenir de la femme. Force est de constater que le manque de représentativité dans les différents domaines de la société constitue un frein dans la croissance du leadership féminin au Congo. Il revient au pouvoir public et la société civile de relever le défi. Si nous prenons à titre d’exemple le dernier classement des femmes influentes en Afrique, établi par l’agence de marketing et de notation Advance, le fait de ne pas y figurer prouve que le leadership féminin au Congo n’est pas encore une réalité affirmée sur le plan international. N’oublions pas que le leadership des femmes est une condition sine qua non pour l’émergence et la reconnaissance d’un pays.

Lydie-Patricia Ondziet, présidente de la Fondation "Renaissance Alkebulan@Lydie-Patricia Ondziet
Lydie-Patricia Ondziet, présidente de la Fondation “Renaissance Alkebulan”@Lydie-Patricia Ondziet
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A propos CARMEN FEVILIYE 705 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France