La France renoue sa diplomatie avec le continent africain

French President Emmanuel Macron (R) and Democratic Republic of Congo President Felix Tshisekedi Tshilombo (L) give a speech at The Elysee Presidential Palace in Paris on April 27, 2021, ahead of a working lunch. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)
French President Emmanuel Macron (R) and Democratic Republic of Congo President Felix Tshisekedi Tshilombo (L) give a speech at The Elysee Presidential Palace in Paris on April 27, 2021, ahead of a working lunch. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Après le sommet sur le financement des économies africaines les 17 et 18 mai à Paris avec plusieurs chefs d’Etat africains, le président français s’envolera les 27 et 28 mai au Rwanda, puis en Afrique du sud. Avec Paul Kagamé, Emmanuel Macron doit normaliser ses relations diplomatiques et clore les débats  sur le génocide. En Afrique du Sud, le chef de l’Etat français rencontrera les acteurs économiques et discutera de l’après-Covid avec son homologue Cyril Ramaphosa. Par ces déplacements en Afrique , Emmanuel Macron amorce ainsi une démarche de réengagement avec l’Afrique, couplés à d’autres rencontres  en France inscrits dans son agenda, comme le sommet Afrique-France de Montpellier  pour octobre 2021 et l’initiative Choose Africa.  Une vitrine des nouvelles relations qu’Emmanuel Macron entend faire émerger entre la France et le continent africain, pour attirer une jeunesse devenue réticente, et faire face à la concurrence notamment russe et chinoise.

De source officielle, la visite à Kigali devrait consacrer « une étape finale de normalisation des relations entre la France et le Rwanda » par la désignation d’un ambassadeur de plein rang et le traitement des sujets sur lesquels la France a trouvé une convergence avec les autorités rwandaises : les enjeux sur le numérique, la santé, l’égalité hommes/femmes, le génocide des Tutsi. Le déplacement du président français au Rwanda sera d’abord  axé  sur l’enjeu mémoriel qui conduira Emmanuel Macron au Mémorial de Gisozi à Kigali, où il prononcera un discours.

Par cette démarche, la France entend montrer la place importante qu’elle réserve aux enjeux symboliques. Contrairement à la question de la restitution du patrimoine des œuvres d’art africain- question à laquelle la France s’est engagée – et à celle du franc CFA, la question du génocide des Tutsi et en particulier du rôle de la France, est restée entière. Cette visite sera l’occasion pour la France d’apporter « une réponse à la demande de compréhension de son rôle », par la jeunesse africaine mais également française.

L’inauguration du centre culturel francophone de Kigali sera le symbole du renouveau de la relation France-Rwanda

Le centre sera dédié aux artistes de la région et à la culture française. La France justifie ce nouvel outil culturel par la volonté d’apporter une approche plus moderne de la Francophonie, ouverte à l’espace francophone plus vaste et moins centrée sur la relation entre la France et le continent africain. De source officielle, il s’agira de « d’abord travailler sur une circulation régionale des artistes, sur des  échanges avec l’Institut français de Goma, l’Institut français de Bujumbura et celui de Kampala. »

Emmanuel Macron visitera ensuite l’Institut polytechnique de Tumba, un institut avec lequel l’Agence Française de Développement (AFD) entrera en partenariat en vue de nouvelles formations destinées aux étudiants rwandais. Ce qui répond aux conclusions du sommet de Paris sur le financement des économies africaines, qui ont priorisé le soutien au secteur privé, l’employabilité et la formation des jeunes en Afrique.

L’Afrique du Sud, un partenaire majeur sur le continent africain : une priorité pour la relance de l’investissement économique

C’est la première fois que le président français se rend en Afrique du Sud.  Déjà programmée en mai de l’année dernière, la visite dans le pays de Nelson Mandela  marquera une nouvelle étape dans les relations entre la France et l’Afrique du Sud. Ce déplacement s’inscrit dans la continuité du travail amorcé sur la riposte, en Afrique, à la crise sanitaire et économique dû au Covid-19.  Elément important et stratégique : l’Afrique du Sud est un partenaire majeur sur le continent africain ; le pays est le seul membre africain du G20 régulièrement invité du G7, ancien président de l’Union africaine et co-président de l’initiative ACTA. L’Afrique du sud  est donc un partenaire essentiel pour la France. Sur la réponse au Covid 19 et à l’exigence de production des vaccins sur le sol africain, l’Afrique du Sud reste le pays idéal. En effet,  il reste l’un des pays africains les plus touchés par la crise sanitaire, mais aussi l’un des plus avancés en matière de recherche, de tests, de traitements et de capacités de production de vaccins. Un paradoxe intéressant qui laisse à croire que la visite du président français sera la concrétisation des engagements du sommet du 18 mai à Paris, notamment dans le domaine de la santé et de la lutte contre le Covid 19.

L’Afrique du sud est aussi un déplacement de la relance économique pour les entreprises françaises et sud-africaines, un signe de reprise de l’investissement économique. La délégation économique française comprendra de grands groupes avec des projets d’investissement dans le pays, dans le domaine de la transition énergétique, comme Suez-Engie, CMA, des PME, des start-up à projets significatifs en Afrique du Sud et Business France qui interviendra en marge de la visite. Prendra également part au voyage une délégation économique d’entreprises dans le domaine de la santé, vraisemblablement Sanofi et Cerba, partenaire de  l’entreprise sud-africaine The Lancet.

La perspective du sommet de Montpellier sans chefs d’Etat : attirer les jeunes et la société civile 

 Initialement prévu à Bordeaux en juin 2020 sur le thème de la ville et des territoires durables, le 28e sommet Afrique-France a été reporté du 7 au 9 octobre, en raison de la crise sanitaire. Pour la première fois, l’événement devrait se dérouler sans chefs d’Etat, pour donner plus de place à la société civile, en se concentrant sur les thèmes de l’enseignement supérieur, de la recherche, de l’innovation ou de l’entrepreneuriat. Dans la perspective de la préparation du sommet, la France démontre sa volonté de rester à l’écoute de la jeunesse africaine. Ainsi, une série de dialogues, pilotées par l’historien Achille Mbembe, avait-elle été lancée pour tenter de répondre  aux  frustrations et aux attentes, car « il y a du mécontentement, il y a des incompréhensions, il y a parfois de la colère, mais il y a surtout aussi beaucoup d’attente », a confié un officiel français.

L’après sommet sur le financement du 18 mai : « Nous sommes restés sur notre faim »

Un bilan mitigé à l’issue de ce ballet diplomatique à l’initiative du président français. Saluant la grande nouvelle des DTS évalués à 625 milliards, Félix Tshissekedi, président de la RDC et de l’UA est  toutefois resté « à sa faim » quant au montant réservé à l’Afrique. Le président Tshissekedi s’est ainsi confié dans une interview accordée le 24 mai à Euronews et Africanews : «  La grande nouvelle, c’est la décision sur les Droits de Tirage Spéciaux (DTS) qui sont évalués à 650 milliards. Nous sommes restés sur notre faim parce qu’il n’y a que 33 milliards qui, à ce stade, sont réservés à l’Afrique. C’est très peu pour 54 pays. L’objectif de cette conférence était, entre autres, de lever jusqu’à 100 milliards et, après échanges, nous avons vu que c’était possible et même d’aller au-delà. »

Denis Sassou N’Guesso a, quant à lui réclamé – dans son discours d’allocution au sommet – l’annulation pure de la dette africaine et un mécanisme purement africain de stabilisation financière pour « prévenir et faire face rapidement à la survenue de tout choc extérieur futur ». Le président congolais a encore appelé à « l’assouplissement des conditions d’accès aux mécanismes de financement des économies africaines et à la concrétisation des engagements » souscrits.

La volonté de réengagement de la France fait donc face à un continent africain en pleine mutation. Emmanuel Macron  aura pour interlocuteurs des partenaires africains modernes, jeunes et ouverts au monde, exigeants, recherchant des débouchés adaptés au continent, des partenariats gagnants-gagnants et une voix dans le concert des nations.

Carmen Féviliyé

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A propos CARMEN FEVILIYE 523 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France