Le sondage CPA-OpinionWays sur les diasporas africaines de France : un constat amer… mais quelques raisons d’espérer

Wilfrid Lauriano Do Rego, Coordonnateur du CPA, et Bruno Jeanbart, Vice-Président d’OpinionWay, lors de leur intervention à la visioconférence du CPA, le 3 février 2021. © Capture APP
Wilfrid Lauriano Do Rego, Coordonnateur du CPA, et Bruno Jeanbart, Vice-Président d’OpinionWay, lors de leur intervention à la visioconférence du CPA, le 3 février 2021. © Capture APP

Le sondage sur les diasporas présenté ce mercredi 3 février par OpinionWay lors d’une visioconférence du CPA (Conseil présidentiel pour l’Afrique) est très riche d’enseignements : ampleur du mécontentement, nourri notamment par le ressenti des inégalités, mais en contrepoint de fortes raisons d’espérer, car le désir du vivre-ensemble est aussi très fort.

Alfred MIGNOT, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

Organisée par l’agence parisienne et panafricaine 35° Nord et animée par Samy Ghorbal, la visioconférence de ce mardi 3 février au matin s’est déroulée autour d’un plateau de haut niveau, rassemblant Wilfrid Lauriano Do Rego, Coordonnateur du CPABruno Jeanbart, Vice-Président d’OpinionWay, Pedro Novo, Directeur exécutif Export de BPI France, ainsi que Boubacar Diallo, entrepreneur invité à livrer son témoignage au titre de la diaspora, cela bien qu’il souligne ne représenter que lui-même, et ne parler donc qu’au titre de son expérience personnelle.

Nous reviendrons très prochainement, dans un second article, sur l’important dispositif en faveur de de l’entreprenariat des diasporas africaines annoncé lors de cet événement, et détaillé essentiellement par l’intervention de Pedro Novo. Ainsi dans ce premier article, nous n’évoquerons que les résultats du sondage opéré par Opinion Way.

Les réserves d’usage étant émises – la difficulté bien connue d’établir un panel* très précis, du fait de l’interdiction de sondages ethniques en France – les résultats présentés par Bruno Jeanbart, VP d’OpinionWay, et donc issus d’une étude fondée sur la nationalité des ascendants (parents ou grands-parents originaires d’Afrique) donnent l’ampleur du malaise parmi les personnes de la diaspora africaine de France, estimée à 7-8 % de la population :

– 73 % des sondés estiment que l’intégration des personnes étrangères dans la société fonctionne mal en France ;

- 55 % des Français originaires de la diaspora estiment avoir été entravés dans leur parcours scolaire ou professionnel du fait de leurs origines ;

– 49 % des citations estiment que les inégalités sont l’enjeu le plus préoccupant pour la société française, devant l’éducation (41 %) et l’emploi (40 %) ;

- 88 % des sondés jugent que l’histoire coloniale est mal enseignée, cette proportion monte à 97% s’agissant des personnes issues de la diaspora d’Afrique subsaharienne.

L’Afrique, une chance pour la France

Sans besoin de commentaire, de tels chiffres démontrent à eux seuls l’ampleur du malaise.

La réalité est cependant plus complexe, comme le suggèrent ces autres chiffres, qui attestent quant à eux du désir de faire et vivre-ensemble des diasporas.

Ainsi, en réponse à la question « Considérez-vous que l’Afrique est une chance pour la France sur le plan économique ? », 83 % des répondants optent pour la positive, ainsi que 87 % chez les 18-24 ans.

« Ce ressenti accrédite l’idée que le nouveau partenariat avec l’Afrique constitue une chance à saisir, et que la dimension économique doit en être une partie intégrante », commente Bruno Jeanbart.

Un point de vue conforté par cet autre chiffre : 48 % des sondés estiment que la politique de la France vis-à-vis de l’Afrique a un impact sur leur vie en France, soulignant aussi que l’idée qu’un nouveau partenariat entre la France et l’Afrique peut être doublement vertueux, « gagnant-gagnant », pour l’Afrique, et donc pour les diasporas africaines de France.

De même, le point de vue désormais largement partagé par nombre de décideurs, selon lequel la diaspora représente une chance et un atout pour la France dans sa relation avec l’Afrique, se trouve conforté par le sondage : 71 % des Français issus de la diaspora africaine sont prêts à s’engager dans un projet en lien avec leur pays d’origine (36 % certainement et 35 % probablement). Cette proportion monte à 76 % chez les 18-24 ans.

Ainsi, après la posture exclusivement revendicative post-indépendances, le temps semble venu où « les valeurs de l’entrepreneuriat sont plus en phase avec celles de la jeunesse de la diaspora africaine », lit-on dans le communiqué de presse du sondage.

C’est bien pourquoi l’initiative du tour de France du CPA pour se mettre à l’écoute des diasporas, puis élaborer un dispositif de mesures pour faciliter leur entrepreneuriat, s’avère un acte fondateur de grande importance. Ce sera l’objet de notre prochain article.

……

* Panel – Cette étude a été réalisée auprès d’un échantillon de 1000 Français, représentatifs de la population de nationalité française nés ou ayant des ascendants nés en Afrique, et âgés de 18 ans ou plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas. Les interviews ont été effectuées en ligne, entre le 14 et le 22 septembre 2020. Les résultats de ce sondage doivent être lus en tenant compte des marges d’incertitude (1,5 à 3 points au plus pour 1 000 répondants).

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A propos CARMEN FEVILIYE 536 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France