Joe Biden élu : ce que l’Afrique peut espérer (ou craindre)…

(Agence Ecofin) – Sur le plan africain, le mandat de Donald Trump aura surtout été marqué par son grand désintérêt pour le continent, des positions diplomatiques ambiguës et une forte pression exercée sur la BAD, trop éloignée des intérêts américains à ses yeux. Avec Joe Biden, le multilatéralisme et le retour dans l’Accord de Paris, devrait en principe remettre l’Afrique en bonne place sur l’échiquier diplomatique américain.

Plusieurs chefs d’Etats africains ont déjà adressé leurs félicitations à Joseph Robinette Biden Jr, le vainqueur de l’étape décisive du processus qui conduit au poste de président des Etats-Unis d’Amérique. « Nous sommes impatients de travailler avec vous et d’approfondir nos liens d’amitié et de coopération », a écrit samedi 7 novembre sur Twitter, le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

« Le bilan remarquable du président élu Biden nous donne l’espoir qu’il ajoutera de la valeur à la présidence et aux affaires mondiales », a fait savoir pour sa part Muhamadu Buhari, le président du Nigéria, la première économie du continent en terme de PIB. Macky Sall du Sénégal et Ali Bongo Ondimba du Gabon se disent « impatients » de travailler avec le futur président américain. On peut enfin mentionner les messages des présidents du Zimbabwe et du Togo, du Premier Ministre d’Ethiopie et de Moussa Mahamat Fakir, le président de la Commission de l’Union Africaine.

Mais vient rapidement la question de savoir ce que l’Afrique peut attendre du futur homme fort de Washington. Sur les réseaux sociaux les opinions africaines sont très partagées. Beaucoup rapprochent aux mandats de Barack Obama, dont Joe Biden a été le vice-président pendant 8 ans, la guerre en Libye, qui a abouti l’assassinat de Kadhafi, et l’issue de la guerre civile en Côte d’Ivoire avec le départ forcé de l’ancien président Laurent Gbagbo. Deux dossiers pilotés par la France de Sarkozy, où le rôle des USA n’était pas prépondérant.

Faire oublier les errements des années Trump

L’administration de Joe Biden sera sans doute plus respectueuse de l’Afrique. Sur ce point, Donald Trump avait plutôt mal débuté sa présidence en qualifiant les pays de la région de « trous de merde »…

Le futur ex-président des Etats-Unis a aussi montré un profond désintérêt pour l’Afrique, sauf lorsqu’il a fallu imposer des sanctions et restrictions de voyage à certains pays, comme le Nigéria, le Tchad ou encore la Somalie. On se souvient aussi de positions à certains moments ambiguës de l’administration Trump sur des crises socio-politiques africaines. Dans les régions anglophones du nord-ouest et sud-ouest du Cameroun, la diplomatie américaine a parfois semblé très indulgente à l’égard les terroristes séparatistes.

Sur le plan économique, Donald Trump a rencontré très peu de dirigeants africains pour des discussions économiques. Et d’ailleurs il n’a visité aucun pays du continent. Il a certes transformé l’organisme américain de financement du développement, augmentant son budget à 60 milliards $. Mais il s’agissait surtout d’une réponse à la présence montante de la Chine, son principal ennemi commercial sur plusieurs fronts.

Cela dit, plusieurs programmes d’aide humanitaire des Etats Unis ont continué de se déployer sur le continent, même si les budgets étaient plus faibles. Il s’agit d’appuis sur le plan de la santé, de l’éducation, de l’environnement, de l’accès à l’eau et de la coopération culturelle, si on en croit les rapports publiés par l’Agence USAID et diverses ambassades américaines en Afrique.

Un nouveau paradigme se dessine avec Joe Biden

Joe Biden a axé sa vision africaine dans un document de campagne. Il prévoit d’interagir avec le continent de deux manières. D’une part, il est question de faciliter l’intégration sociale, culturelle et professionnelle des diasporas africaines vivant actuellement aux Etats-Unis. L’autre action, la plus importante, concernera la coopération directe avec le continent.

Sur ce plan, il est affirmé, que Joe Biden « renouvellera l’engagement respectueux des États-Unis envers l’Afrique par une stratégie audacieuse qui réaffirme un engagement à soutenir les institutions démocratiques sur le continent ; promouvoir une paix et une sécurité durables ; promouvoir la croissance économique, le commerce et les investissements ; et soutenir le développement durable ».

Pour se faire, quatre points essentiels sont évoqués. Il y a d’abord une affirmation du respect de la démocratie et de la bonne gouvernance en tant que principes fondamentaux de l’engagement des États-Unis en Afrique.

Il est ensuite question de rétablir et de revigorer les relations diplomatiques avec les gouvernements africains et les institutions régionales, y compris l’Union Africaine. Faire en sorte que le gouvernement américain et le service extérieur américain reflètent la riche composition de la population américaine, y compris les acteurs économiques de la diaspora africaine.

Avec cette volonté de renforcer la coopération avec les instances régionales, il sera bon de savoir si la nouvelle administration américaine sera plus bienveillante à l’égard de la Banque Africaine de Développement. Nommé par Trump à la tête de la Banque Mondiale, David Malpass reprochait à la BAD de surendetter les pays et de ne pas confier suffissament de marchés aux entreprises américaines. On se souvient aussi de la pression mise sur la BAD au sujet des allégations de mal gouvernance portées contre son président.

Enfin, il sera question de poursuivre l’Initiative des jeunes leaders africains et de renforcer l’engagement de l’Amérique à nouer le dialogue avec les jeunes dynamiques d’Afrique. Mais au-delà de ces bonnes intentions, Joseph Biden pourrait se distinguer plus nettement. Des institutions comme le Fonds Monétaire International ont aujourd’hui besoin d’une réforme, qui lui permettrait d’être plus efficace pour accompagner l’Afrique face à la Covid-19.

Quoi qu’il en soit, la volonté de Joe Biden de mener une diplomatie multilatérale, de revenir dans les Accords de Paris sur le changement climatique et de pacifier les guerres commerciales ouvertes par Trump, ne peut que profiter à l’Afrique.

Durant sa campagne électorale, le nouveau locataire de la Maison Blanche a travaillé avec plusieurs personnalités ayant une expérience certaine du continent. On retrouve ainsi Anthony Blinken, secrétaire d’État adjoint sous Barack Obama. Nicholas Burns, un spécialiste du monde arabe. Et surtout Susan Rice qui a été secrétaire d’Etat aux affaires africaines entre 1997 et 2001, un temps pressentie pour la vice-présidence avant que le choix final se porte sur Kamala Harris.

Idriss Linge

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A propos CARMEN FEVILIYE 455 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France