« Paris City life »/Congo/Guy Piacka : « Nous voulons que Kintélé se développe dans un cadre durable »

Guy Piacka, pendant l’interview, en marge des travaux à la mairie de Paris – AFC

Invitée par Anne Hidalgo, maire de Paris, au forum « Paris City life » du 26 au 27 novembre, Stella Mensah Sassou N’Guesso, députée-maire de Kintélé  – commune de plein exercice située au nord de Brazzaville, la capitale congolaise – a tenu à se faire représenter par Guy Piacka, responsable de la Coopération décentralisée au sein de son cabinet. Comment bâtir une ville durable à Kintélé ? Une préoccupation à laquelle a répondu Guy Piacka en marge des travaux. Une interview AFC.

 

Propos recueillis par Carmen FEVILIYE

 

AFC : Guy Piacka, le forum « Paris city life » met l’accent sur la « smart city » ou ville intelligente comme une réponse à l’urbanisation accélérée.  Qu’en pensez-vous?

Guy Piacka : Je pense que les pays occidentaux,  avec l’intelligence artificielle et dans le cadre des problématiques liées au climat, sont en train de prendre de l’avance sur le reste du monde. C’est ce qui me semble. Ils sont déjà en train de penser à la ville durable et à prendre des actes pour que vivre en ville, vivre dans la cité, puisse d’abord être synonyme de bien-être.

Une séquence consacrée à l’Afrique a démontré que le continent compte de nombreuses villes anarchiques. Des villes informelles  laissées en marge des améliorations dictées par l’urgence climatique. Que dites-vous de ce constat  et du cas de votre pays ?

 J’en dis qu’en termes de villes informelles, nous nous rangeons plutôt dans un contexte de moyens ! Et puis ce qui peut paraître informel au regard d’un occidental, ne pourrait ne pas l’être chez nous. Nous avons des réalités différentes et nous nous dirigeons vers les mêmes schémas qu’en Occident ou ailleurs, en considérant bien-sûr nos réalités. Nous sommes ici pour prendre le train qui est en marche. C’est ce qui justifie particulièrement la présence de la députée-maire de Kintélé, Stella Mensah Sassou N’Guesso, à travers ma personne. Ne pouvant honorer son invitation à Paris, elle a souhaité que nous puissions être présents pour la représenter, nous informer, prendre des contacts afin de nourrir le projet qu’elle a pour Kintélé.

Il sera stratégique de mettre en place une politique de formation qualifiante.

Il a été dit plusieurs fois que la population urbaine est « galopante », conduisant à une urbanisation accélérée. Faites-vous le même constat à Kintélé, qui est une ville limitrophe de Brazzaville ?  Que prévoit la mairie de Kintélé ?

 En termes démographique, comme dans toutes les villes du continent africain et dans d’autres pays émergents, la démographie est galopante ! La chance de Kintélé, c’est qu’elle encore une commune qui reste peu peuplée au regard de sa superficie. Mais la démographie, en effet, s’accroît. C’est en cela que l’on dit, par un slogan  que nous avons adopté, que « Kintélé est le futur de Brazzaville » ! Je dis bien : Kintélé est le futur de Brazzaville. Et donc pas une ville à considérer comme le « Brazzaville futur ». Vous pouvez donc comprendre qu’en prenant part à ce gendre d’événement où l’on réfléchit à la ville durable, que tous les contacts que nous prenons, tous les concepts qui sont mis en perspective ainsi que les initiatives qui sont déjà lancées et qui ont été présentées, doivent nous servir en vue de bâtir, comme le dit notre députée-maire, « Kintélé, le futur de Brazzaville ». Pour cela, nous voulons que Kintélé se développe dans un cadre durable.

De gauche à droite : Christian Ngoubakouli, communicant Congolais et Guy Piacka – AFC

Kintélé abrite désormais de grandes infrastructures : l’université Denis Sassou N’Guesso, la plus grande du pays pour répondre au besoin d’adéquation entre formation et emploi ; le grand complexe sportif « La Concorde », inauguré en 2015 par les Jeux africains ; le centre internationale de conférence depuis 2017 et récemment, la première école inclusive du pays, avec un  projet de construction de centre-ville en bordure de fleuve. Est-ce les prémices d’une « smart city » par les autorités locales?

 Je ne sais pas s’il s’agit de l’Etat mais dans tous les cas le président de la République,  Son Excellence monsieur Denis Sassou N’Guesso, a une vision pour le Congo. Et Brazzaville est en train de s’étendre. La création de la commune de plein exercice de Kintélé répond à cette vision. Ce n’est pas pour rien que cette commune, qui est en bordure de fleuve avec une grande superficie, accueille déjà certains équipements construits dans le cadre des jeux africains, mais Kintélé a aussi une université. L’université, ce n’est pas grâce aux jeux africains. C’est le futur du Congo, l’avenir du Congo en matière d’éducation, de formation. Quand vous parlez d’éducation et de développement durable, je pense à une « smart city », et Kintélé le sera ! Pour cela, il faut des moyens et des partenaires pour nous accompagner dans ce processus.

Quelles sont les initiatives de Stella Mensah Sassou N’Guesso à Kintélé ?

Madame la députée-maire travaille déjà sur ce concept de ville durable, ce qui justifie notre présence à Paris. Mais – nous devons l’avouer – dans le contexte économique et financier actuel du pays, il nous manque des moyens pour pouvoir mettre en œuvre des projets que nous avons. Cela nous oblige à doubler les efforts pour constituer un réseau de partenaires qui peuvent nous soutenir.

Prise de contact entre Penda Ndiaye Cisse, représentante de la mairie de Dakar et Guy Piacka – AFC

Pendant le forum des intervenants de différents pays ont décrit leurs initiatives respectives de mise en route de villes durables. Selon vous, lesquelles pourraient être transposées à Kintélé ?

Pour Kintélé, c’est la problématique des déchets qui prédomine. Nous réfléchissons à un mécanisme de traitement des déchets pour produire de la bioénergie. C’est un projet prioritaire. Mais, nous ne pouvons pas entreprendre ce projet seul. Il doit se réaliser dans un processus de concertation étroite avec la ville de Brazzaville, tenant compte de son importante population ainsi que des autres paramètres d’exploitation requis pour rendre viable, sur le long terme, une telle implantation industrielle. Aussi, même si l’usine est localisée à Kintélé, la faisabilité d’un projet d’exploitation des déchets et la production d’énergie doit se faire dans un cadre inter-communautaire.

Quels sont les défis de Kintélé ?

L’emploi, notamment des jeunes et la gestion des déchets. Pour une ville qui se veut durable à travers la promotion d’une économie verte, il sera stratégique de mettre en place une politique de formation qualifiante pour l’exploitation des déchets et la maintenance des infrastructures.

Photo AFC

 Rien à dire sur la mobilité à Kintélé ? Quel est l’état des transports publics?

Nous connaissons la même problématique sur les transports en commun que pour les déchets, du point de vue spatial. Les acteurs économiques, quelles que soient leurs tailles, vivent avec une vision qui est celle de la rentabilité de leurs entreprises. Voyez-vous des taxis ou bus qui ne tourneraient que sur Kintélé ? Notre politique de mobilité doit se faire en ayant une vision interurbaine. Une étude vient d’être lancée par le ministère des Grands travaux pour la construction d’une future ligne de tramway à Brazzaville. Le tramway est un mode de locomotion qui entre pleinement dans cet enjeu de ville durable. Ce projet intègre naturellement Kintélé qui est voisine de Brazzaville.

Il faut des moyens et des partenaires pour nous accompagner dans ce processus.

Qu’en est-il concrètement de la lutte contre la pollution à Kintélé dont les routes sont encombrées de véhicules. Les populations sont-elles sensibilisées à limiter l’utilisation des voitures personnelles?

Si les autorités au niveau national lancent une telle étude, c’est que cette préoccupation de lutte contre la pollution est intégrée, tout comme celle de désengorger la ville. C’est que véritablement il existe une préoccupation du chef de l’Etat Congolais et de son gouvernement, de pouvoir entrer de plain-pied et concrètement dans la lutte contre le réchauffement climatique par la mise en œuvre notamment d’une mobilité propre dans nos villes. Cela va commencer par Brazzaville et Kintélé. Ce sera ensuite le tour de Pointe-Noire, puis de Dolisie très certainement. Avec les perspectives de développement économique qui sont propres à chaque localité au Congo, cela, je pense, pourrait se réaliser sur 20 voire 30 ans. Il faut donner du temps au temps !

 

Vue des participants – La Tribune
Les intervenants à la tribune Afrique – La Tribune

 

 

 

 

 

 

 

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A propos CARMEN FEVILIYE 367 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France