Climat des affaires : l’Afrique en clair-obscur

Parmi les pays qui ont impressionné par leurs progrès économiques, l’Éthiopie, dont Addis-Abeba est une belle vitrine. © Denis Meyer / Hans Lucas

Selon le dernier classement Doing Business de la Banque mondiale, l’environnement des affaires continue à s’améliorer en Afrique malgré le ralentissement du rythme des réformes.

Par Sylvie Rantrua | Le Point.fr

Les bons élèves restent de bons élèves. Maurice parade en tête des pays d’Afrique subsaharienne dans le classement mondial du climat des affaires millésime 2020, établi par la Banque mondiale, et dépasse même l’Allemagne (22e) et la France (32e) en se classant à la 13e place et aussi la Chine, le Canada et le Japon. En un an, le pays a progressé de 7 places. Et, depuis 2016, la progression est fulgurante, 36 places gagnées. Maurice le doit aux réformes engagées « méthodiquement » pour améliorer son environnement commercial au cours de cette dernière décennie, précisent les chercheurs de la Banque mondiale.

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Chaque année, la Banque mondiale évalue la facilité pour faire des affaires dans une douzaine de domaines liés à la vie d’une entreprise : création d’entreprise, permis de construire, accès à l’électricité, titre de propriété, obtention de crédits, protection des actionnaires minoritaires, paiement des impôts, commerce transfrontalier, respect des contrats, traitement de l’insolvabilité, emploi de salariés, contrats avec l’État. Chaque domaine est appréhendé à travers plusieurs indicateurs. Par exemple, Maurice se hisse également à la 5e position avec un score de 94 % dans l’indicateur de facilité de paiement des impôts.

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Cette année, la mise en œuvre du système national de licences électroniques, cofinancé par l’Union européenne, dans le but de mettre en place un guichet électronique unique permet d’entreprendre en ligne de nombreuses démarches administratives et a certainement largement contribué à la progression de ce petit pays dans le classement.

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Maurice, Rwanda, Togo, Nigeria, Kenya, Afrique du Sud, Maroc : les bons élèves

Derrière Maurice, on trouve le Rwanda, à la 38e place et donc 2e pays africain. Là aussi, ce pays a engagé depuis deux décennies de nombreuses réformes. Même s’il a perdu du terrain cette année, le Rwanda a continué d’améliorer son climat des affaires, notamment en permettant aux jeunes entreprises d’être exemptées d’impôts les deux premières années et en améliorant la gestion des permis de construire.

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Cette année, le Togo a introduit des réformes dans cinq domaines :

– la création d’entreprise (suppression de l’obligation de faire authentifier les documents et par le raccourcissement du délai d’enregistrement) ;

– les coûts et les délais d’obtention des permis de construire ont été réduits (baisse des frais et mise en place d’un portail en ligne pour le dépôt des demandes) ;

– Le coût du raccordement à l’électricité a baissé du fait de la diminution du coût des travaux de raccordement et du dépôt de garantie pour les nouveaux branchements ;

– le transfert de propriété a été simplifié et les coûts ont été réduits ;

– l’accès à l’information sur le crédit en élargissant la couverture de l’office de crédit et en commençant à communiquer les données des entreprises de service public.

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Le Nigeria, qui pointe à la 131e place, a également rejoint le groupe des dix pays les plus réformateurs en introduisant six réformes pour la facilitation des affaires, notamment dans le commerce transfrontalier en réduisant les délais d’exportation et d’importation, en modernisant son système électronique et en introduisant le paiement électronique des frais.

En Afrique de l’Est, le Kenya arrive largement en tête, il occupe la 56e place du classement mondial et la 3e pour l’Afrique subsaharienne. Le pays fait aussi partie du top 10 des pays les plus réformateurs, avec six réformes engagées cette année. C’est l’une des deux économies d’Afrique subsaharienne, avec la Zambie, à avoir réformé la protection des investisseurs minoritaires.

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Pour l’Afrique australe, on peut constater une certaine homogénéité dans le classement avec la plus large économie, l’Afrique du Sud, qui arrive en tête à la 84e place, suivie par la Zambie (85e) et le Botswana (87e). Mais, finalement, c’est le Zimbabwe (140e) qui a conduit le plus de réformes dans la région et qui a le plus progressé dans le classement.

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En Afrique du Nord, le Maroc conserve largement sa première place et se rapproche de plus en plus du top 50, son objectif pour l’an prochain. Le royaume chérifien (53e) a gagné 7 places et se classe 3e économie la plus propice aux affaires sur le continent. « Le pays a accéléré le commerce transfrontalier en introduisant le paiement électronique pour les frais de port, en organisant la dématérialisation des formalités douanières et en prolongeant les horaires d’ouverture des ports », précise la Banque mondiale. Ce baromètre du climat des affaires est aussi un outil marketing pour les pays bien classés et le Maroc met des ressources, via son Comité national de l’environnement des affaires (CNEA), pour progresser dans le classement. Une bonne idée pour le CNEA serait peut-être de s’attaquer à l’absence de statistiques sur les transactions immobilières et les conflits fonciers, un manque pointé par la Banque mondiale. Parmi les autres économies de la région, l’Algérie ressort au 157e rang et la Tunisie, au 78e rang.

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L’Afrique subsaharienne en deçà de la moyenne mondiale

L’Afrique subsaharienne reste l’une des régions les moins performantes du point de vue de la facilité de faire des affaires, avec un score moyen de 51,8, bien en dessous de la moyenne des économies à revenu élevé de l’OCDE (78,4) et de la moyenne mondiale (63). Par rapport à l’année précédente, les économies d’Afrique subsaharienne ont amélioré leur score moyen de 0,9 point.

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Les performances globales sont aussi tirées vers le bas par les mauvais élèves. La Banque mondiale note ainsi que 17 pays n’ont mis en œuvre aucune réforme sur la période observée, que l’Érythrée n’a entrepris aucune réforme depuis cinq ans et, pire, que la Somalie et Soudan du Sud n’ont tout simplement jamais entrepris de réformes dans les domaines évalués par Doing Business.

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Des points faibles du continent bien identifiés

Sans surprise, le raccordement à l’électricité, le commerce transfrontalier et le transfert de propriété restent les points faibles du continent. « Par exemple, en Afrique subsaharienne, le coût de l’obtention d’un raccordement électrique permanent au réseau est 3 fois plus élevé que la moyenne mondiale et 52 fois plus élevé que dans les pays à revenu élevé de l’OCDE. En Côte d’Ivoire et au Cameroun, il faut plus de deux cents heures pour remplir les formalités douanières d’exportation pour le transport maritime, contre treize heures dans les économies à revenu élevé de l’OCDE. Les ports d’Afrique subsaharienne sont les moins efficaces de toutes les régions », détaille la Banque mondiale.

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A propos CARMEN FEVILIYE 356 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France