FIA : à Brazzaville, les partenaires de l’Afrique en pole position

Au forum Investir en Afrique qui s’est clôt ce 12 septembre à Brazzaville, la Chine et la Banque mondiale ont convenu de construire une approche multilatérale vers les marchés du continent africain.

La diversification des économies africaines et la création d’emplois sont devenus des sujets incontournables pour les dirigeants du continent. Le cinquième forum Investir en Afrique qui se tenait du 10 au 12 septembre à Brazzaville, capitale de la République du Congo, a été une nouvelle fois l’occasion pour les chefs d’État, les institutions internationales et les entreprises présents de faire part de leurs préoccupations quant à ces deux priorités pour l’avenir de l’Afrique. « Le forum Investir en Afrique reste l’une des clés du développement du continent africain qui ne doit pas être condamné à l’immobilisme », a déclaré le président congolais Denis Sassou Nguesso en ouverture. Mais, à l’heure où les débats se multiplient sur la question de la dette chinoise des pays africains, le FIA s’est très vite transformé en tribune pour les participants venus défendre une nouvelle approche qui se veut multilatérale.

Une approche multilatérale…

De quoi s’agit-il  ? En fait, la Chine s’est publiquement engagée à collaborer avec la Banque mondiale et d’autres institutions financières internationales. « Avec les changements sans précédent dans le monde d’aujourd’hui, la Chine utilisera le forum Investir en Afrique comme une plate-forme pour travailler en étroite collaboration avec les pays africains dans le but de renforcer la collaboration en matière de stratégie de développement et de financement de projets, partager les expériences de développement et mettre en œuvre les huit actions convenues lors du sommet de Beijing du Forum pour la coopération sino-africaine. La Chine collaborera également avec la Banque mondiale et d’autres institutions financières internationales pour développer une coopération tripartite avec l’Afrique, promouvoir la coopération Sud-Sud et stimuler le développement diversifié et durable en Afrique », a déclaré Xu Hongcai, vice-ministre des Finances de la République populaire de Chine. Hafez Ghanem, vice-président de la Banque mondiale, s’est voulu rassurant en affirmant que « les obstacles au progrès ne pourront être levés que lorsque les pays africains prendront les devants avec, à leurs côtés, leurs partenaires internationaux ». « Nous sommes déterminés à travailler en étroite collaboration avec nos partenaires en Afrique pour attirer des investissements du secteur privé plus durables qui profitent d’abord et avant tout aux Africains », a-t-il souligné.

… pour éviter le piège de la dette

En effet, insiste le président Denis Sassou Nguesso « les investissements chinois ont beaucoup contribué au développement économique en Afrique, mais il est temps de penser à un renforcement de la coopération dans des domaines tels que les technologies numériques et la construction d’infrastructures ». Le président a souligné que le partenariat formé par l’Afrique, la Chine et les institutions financières internationales produirait un résultat gagnant-gagnant sur le continent. Le dirigeant congolais connaît le sujet par cœur. Car la Chine détient une bonne partie de la dette du Congo-Brazzaville, qui a finalement conclu en juillet un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) après des négociations difficiles. Cette approche multilatérale était la condition sinéquanone pour que le FMI n’accepte de débloquer 448,6 millions de dollars de crédit sur trois ans pour aider Brazzaville.

Les statistiques officielles montrent que la Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Afrique depuis dix années consécutives. En 2018, le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique s’est élevé à 204,2 milliards de dollars, en hausse de 20 % par rapport à l’année précédente. Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine (UA), a déclaré que le forum était arrivé à un moment opportun car le continent avait lancé la phase opérationnelle de l’accord de zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA), qui vise à stimuler l’intégration et le développement économiques. Abondant dans ce sens, Denis Sassou Nguesso a appelé à la solidarité entre les pays africains en vue de l’intégration continentale. « Le futur africain, notre futur commun, ne saurait se bâtir sur l’autarcie ou l’égoïsme des îlots de prospérité. L’Afrique et la Chine offrent le panorama d’un espace de coopération optimiste avec des perspectives que nous pouvons donc rapidement concrétiser », a-t-il indiqué. Le chef de l’Etat congolais a aussi insisté sur la faisabilité des projets intégrateurs dans la sous-région tels la construction du pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), du barrage hydroélectrique de Cholet entre le Congo et le Cameroun.

Accélérer les projets intra-africains

Venu en voisin, le président de la RDC Félix Tshisekedi a présenté son pays comme une terre d’opportunité pour les investisseurs, notamment dans le secteur de l’énergie. « Le modèle de développement que j’ai choisi sera axé sur la construction, en dehors du grand barrage d’Inga, des centrales électriques de taille moyenne et des micro centrales », a-t-il déclaré. Le méga-barrage d’Inga est supposé être développé par un consortium hispano-chinois sur les rapides du fleuve Congo, dans l’ouest du pays. Plus grand pays d’Afrique, la RDC cherche à diversifier son économie trop dépendante du secteur minier. « Nous sommes conscients que l’investisseur qu’il soit public ou privé sera particulièrement attentif à l’évolution du climat des affaires dans mon pays », a poursuivi le président. Il a annoncé vendredi à Kinshasa une prochaine « table ronde » pour écouter les « doléances » des entrepreneurs rackettés par les agents de l’administration. « Les investisseurs seront réellement protégés pour autant qu’ils se conforment aux lois du pays », a promis Félix Tshisekedi.

« Il n’est pas normal qu’en 2019, 2020 et 2025, entre Kinshasa et Brazzaville on puisse encore prendre un bateau… C’est un plaidoyer pour que ce projet de route-rail qui fait la fierté de l’Afrique puisse voir le jour », a indiqué le président sénégalais Macky Sall dont le pays est relié à la Gambie par le pont Sénégambie inauguré en janvier 2019. La future infrastructure qui doit relier les deux capitales les plus proches du monde, Kinshasa et Brazzaville, doit surplomber le fleuve Congo et fluidifier la mobilité des personnes, des biens, de favoriser les échanges commerciaux entre les deux pays, tout en contribuant à l’intégration régionale et continentale. Ce pont devrait, en outre, contribuer au développement du corridor reliant les villes de Tripoli (Libye) et Windhoek (Namibie) et de la dorsale Libreville (Gabon) et Mombasa (Kenya). Les études de faisabilité dont le coût est estimé à 550 millions de dollars, soit environ 330 milliards de francs CFA, ont été financées par la Banque africaine de développement. « Voilà pourquoi les partenaires doivent nous accompagner dans nos choix », a dit le chef de l’Etat du Sénégal, ajoutant qu’« aujourd’hui l’Afrique sait ce qu’elle veut et où elle veut aller  ».

 

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A propos CARMEN FEVILIYE 320 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France