Interview – Diaspora Entrepreneurship : Pierre Auriacombe : « Un bulletin de vote vaut mieux qu’une kalachnikov »

 

Conseiller de Paris, administrateur du SIAAP, président de la commission des Finances et par ailleurs président de Tocqueville Académie, Pierre Auriacombe se démarque par son dynamisme, son implication pour l’Afrique, la démocratie et la bonne gouvernance dans le monde.  Une implication matérialisée par des actions concrètes sur le sol africain avec le concours du SIAAP. L’élu de Paris s’est confié à AFC le 12 avril, à Paris, dans le cadre de l’édition 3 de Diaspora Entrepreneurship.

 

 

AFC : Vous êtes actuellement conseiller de Paris à la Mairie du 16ème arrondissement, président de Tocqueville Académie, une association qui promeut la démocratie et la bonne gouvernance dans le monde. Une association qui vous fait beaucoup voyager, notamment en Afrique…

Pierre Auriacombe : Oui et non. Tocqueville Académie est une association que j’ai créée avec quelques amis il y’a une quinzaine d’années et que nous avons relancée il y’a cinq ans. Nous travaillons au développement de la démocratie. Mes voyages que je mentionne sur Tocqueville Académie ne concernent pas forcément cette association. Ils ont vocation à montrer largement ce que d’autres amis et moi  faisons pour l’Afrique et la démocratie  dans le monde. Tocqueville Académie est une association qui n’a pas beaucoup de moyens. Elle est relancée actuellement grâce au partenariat avec l’International Republican Institut (IRI ), un think tank américain proche du Parti Républicain qui croit dans la démocratie et qui investit pour qu’elle se développe. Dans cette perspective, les américains travaillent avec des associations amies,  notamment françaises. Avec eux, nous avons réactivé Tocqueville Académie. J’interviens donc en partenariat avec l’IRI qui finance de nombreux projets. Actuellement, nous travaillons surtout pour la formation à la démocratie en Afrique.

Quelles sont les actions marquantes de Tocqueville Académie sur le continent africain?

Mon objectif est de former les élus et de faire comprendre qu’un bulletin de vote vaut mieux qu’une kalachnikov. Aujourd’hui l’Afrique a besoin de paix. La démocratie en est le chemin. Plutôt que d’avoir recours à la force par  des coups d’Etat, nous pouvons, par les urnes, apporter du changement. Une fois ce message passé, nous  formons alors à comment organiser et mener une campagne électorale.

En RDC, il y a eu une passation de pouvoir sans guerre grâce à la démocratie 

Aujourd’hui les gens recourent à la force car ils ne croient pas en la démocratie. Je prends en exemple la RDC où j’ai été : il y’a quelques années de cela, c’était très difficile. Les gens croyaient plus en la kalachnikov qu’à la force des urnes. Aujourd’hui les congolais ont réussi à changer  le pouvoir avec les urnes ! Beaucoup ne croyait pas au départ de Kabila. Ce n’est peut-être pas le meilleur exercice de démocratie et nous pouvons le critiquer, comme nous pouvons d’ailleurs critiquer tous les systèmes dans le monde. Mais ce qui s’est passé à Kinshasa est  tout de même un exemple qui montre que l’on peut changer le pouvoir par les urnes. Même si les résultats ont été discutés, il y’a quand même eu une passation de pouvoir sans guerre, grâce à la démocratie. Et ça, j’y crois beaucoup !

Conseiller à la mairie du 16ème arrondissement, vous êtes délégué aux ambassades dont celles des pays africains. Quel rôle avez-vous auprès des ambassades africaines?

Le 16ème arrondissement a la particularité  d’avoir presque 70% des ambassades et consulats présents dans Paris. Avec Danielle Giazzi, la maire, nous avons souhaité avoir un contact direct avec ces ambassades. Je suis donc en contact avec les pays d’Afrique comme avec d’autres. Nous sommes souvent sur des aspects pratiques. Par ailleurs, les pays africains se rapprochent de nous  – parce que c’est leur rôle en tant qu’ambassades – pour entrer en relation avec les élus et parler de la situation au plus haut niveau, comme de démocratie ou de leur positionnement en France. Récemment, j’ai rencontré son Excellence Amara Camara, l’ambassadeur de Guinée – Conacky, à qui j’ai fait des propositions en lien avec Tocqueville Académie. La seule chose que je demande, c’est d’intégrer dans ces formations les élus de la majorité et ceux de l’opposition. Ce serait un pas positif pour la démocratie en Afrique.

Quelle est votre implication pour la diaspora africaine ?

 Je travaille beaucoup avec les communautés africaines, mais hors du 16ème arrondissement, car si l’on y trouve plus d’ambassades, il y a en revanche peu de communautés africaines. J’accompagne actuellement le programme Diaspora Entrepreneurship  porté par Pape Wane, un jeune malien qui met en avant la diaspora malienne, et plus largement africaine, en aidant les jeunes nés en France, souvent de deuxième génération, à créer des entreprises dans leur pays d’origine, en l’occurrence le Mali et le Sénégal. C’est très intéressant car cela contribue à résoudre les problèmes économiques en Afrique.

Nous sédentariserons les personnes en les aidant à rester sur place, dans leurs pays.

Je pense que l’on n’arrêtera pas l’immigration avec des murs. Nous sédentariserons les personnes en les aidant à rester sur place, dans leur pays. Ce que fait Pape Wane, à travers Diaspora Entreneurship, est un très bon exemple. C’est un programme qui crée des emplois dans ces pays et sédentarise ces jeunes qui valorisent ainsi leur double culture. C’est pour cela que j’accompagne Pape Wane, que je reçois aujourd’hui avec plaisir au siège du SIAAP, à l’occasion de la 3éme édition de Diaspora entrepreneurship. C’est une bonne initiative que j’essaie de développer  avec d’autres pays comme le Niger, la Côte d’Ivoire, le Congo.

Comment en êtes vous arrivé à Diaspora Entrepreneurship ?

Pape Wane en est l’initiateur. Il m’a été présenté par un ami commun, Maître Lewis Nsalou Nkoua, avocat au Barreau de Paris. Dans un premier temps, j’ai reçu  Pape Wane  à la mairie du 16ème et aujourd’hui, j’ai pensé qu’il était intéressant de le recevoir au siège du SIAAP, le syndicat qui traite des eaux usées de Paris et de la région parisienne. Le SIAAP est une puissance avec plus de un milliard de budget et deux mille collaborateurs. C’est le plus gros syndicat intercommunal d’Europe.

Pourquoi le SIAAP ?

L’implication du SIAAP en Afrique a été rendue possible grâce à la loi Oudin-Santini votée en février 2005 qui autorise à la coopération décentralisée. Elle permet aux collectivités locales d’aider directement des communes des pays en voie de développement. C’est très intéressant parce que la coopération décentralisée pousse à aller au plus  près des personnes et permet aux  communes et aux maires de monter ensemble un projet. Le SIAAP est un moteur très fort de la coopération décentralisée. Nous sommes présents en Afrique et dans beaucoup de pays dans le monde. Aujourd’hui une immigration massive vers la France va déstabiliser et les pays  d’Afrique et la France.  Il faut donc aider à sédentariser ces personnes. La France a plus intérêt à investir en Afrique, notamment francophone.

Et vos actions sur le sol africain ?

J’accompagne les projets sur place avec le SIAAP. J’ai travaillé au Cameroun avec une femme très active, Célestine Ketcha Courtès, la nouvelle ministre de l’Habitat et du Développement  urbain. Quand la ministre est venue frapper à la porte du SIAAP, nous avons commencé par un petit projet de construction de dix toilettes sèches dans les écoles et de quatre dans les marchés. Des projets entièrement financés par le SIAAP. Nous avons ensuite créé une usine de traitement de l’ensemble des boues,  un projet cette fois financé par différents partenaires du SIAAP. Nous envisageons de faire la même chose à Yaoundé, avec lancement des travaux à la fin de l’année,  par un financement européen. La présence du SIAAP, et ces ingénieurs, est alors un gros « plus » pour les investisseurs.

La présence du SIAAP, et ces ingénieurs, est alors un gros « plus » pour les investisseurs.

A titre d’exemple également, nous avons réalisé un autre projet d’assainissement à Kara, dans le nord du Togo : une station de récupération des eaux sales acheminées ensuite vers une usine de traitement. C’est un projet peu coûteux car nous n’avons pas eu besoin de grandes infrastructures, le dénivellement naturel du sol sur le site  a permis l’écoulement facile de l’eau. Quant à l’usine de traitement, elle a été  faite d’une piscine remplie de sable et plantée de bambous qui évitent, qu’à travers le sable, l’eau ne crée de rigoles. C’est l’exemple typique de ce que nous essayons de faire en Afrique. C’est une méthode très simple et très écologique qui peut être entretenue à moindre coût par les populations sur place.

En 2017, vous avez rencontré à Paris le 1er adjoint au maire de Brazzaville. Quelle a été la suite de cette rencontre ?

 Nous y travaillons. Avec Patrick Trémège, le président de la commission Coopération décentralisée au SIAAP, nous devons nous rendre à Brazzaville les jours ou les semaines qui viennent. Je vous en dirai plus le moment venu. L’objectif de cette première rencontre avait été de rester en contact. Nous venons de relancer pour avoir un rendez-vous avec le maire et le ministre. Nous avons un gros projet à Brazzaville qui se trouve sur la table des négociations concernant la création d’une usine de transformation de boue. Nous allons  installer des fosses qui vont recueillir les eaux sales des ménages pour les acheminer ensuite à la station d’épuration.

D’où vous vient cet intérêt pour le continent africain ?

Je suis arrivé en Afrique à six mois. Mon père était pilote à UAT,  la grande compagnie française qui desservait l’Afrique, devenue par la suite UTA, la compagnie sœur de Air Afrique. J’ai longtemps vécu à Douala  jusqu’à 7 ans,  entre l’Afrique et mon sud-ouest natal. Adolescent, j’accompagne mon père régulièrement en Afrique et je vis toute mon enfance et mon adolescence dans cette « France-Afrique », qu’on peut présenter négativement ou positivement, mais que moi, je choisis de positiver. Aujourd’hui mes multiples casquettes me permettent de me rapprocher de l’Afrique.

 

Propos recueillis par Carmen Féviliyé

 

 

 

 

 

 

 

Photos: AFC

Légende: Pierre Auriacombe pendant l’interview à Paris; Pierre Auriacombe et Carmen Féviliyé pendant l’interview à Paris

 

 

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A propos CARMEN FEVILIYE 327 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France