Quelle fiscalité dans les pays de la zone Ohada?

Nous sommes nombreux à nous questionner sur la fiscalité appliquée en Afrique, notamment en zone Ohada. La fiscalité est un élément central en matière d’affaires, car elle détermine chez l’entrepreneur le choix de la structure de la société qu’il souhaite mettre en place. Il permet également de déterminer les investisseurs étrangers qui s’intéressent notamment aux avantages fiscaux accordés par les États en contrepartie de leurs investissements. Avec Grégoire Heber-Suffrin, éditeur sur la plateforme  en ligne Droit-Afrique, le droit des affaires en Afrique francophone, nous présentons de manière succincte la fiscalité appliquée aux entreprises implantées au Congo, au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale, en République centrafricaine et au Tchad, dont les règles fiscales sont relativement similaires.

Les entreprises qui s’y implantent sont soumises à l’impôt sur le bénéfice des sociétés, à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), aux impôts fonciers, à la patente (ou taxe professionnelle) ainsi qu’à différents impôts selon la nature de l’activité exercée.

L’impôt sur les sociétés (IS)

L’IS est un impôt calculé sur les bénéfices enregistrés par les entreprises au cours de l’exercice écoulé. Il est l’équivalent pour les entreprises de l’impôt sur le revenu des particuliers. Les taux varient selon les pays de 30% à 40% du bénéfice imposable et ne peuvent être inférieurs à 1% du chiffre d’affaires de l’entreprise (Congo 34%, Cameroun 38,5%, Gabon, 35%, Guinée équatoriale 35%, Centrafrique 30%, Tchad 40%). Les revenus versés aux actionnaires sont également imposés à hauteur de 10 à 20% selon les pays.

Le patrimoine des entreprises est lui aussi assujetti à la patente selon l’activité de la société. Des impôts fonciers s’appliquent également sur les terrains bâtis ou non et sur les immeubles des entreprises, selon leur nature et leur localisation géographique.

La taxe sur la valeur ajoutée (TVA)

La TVA est un impôt touchant presque tous les biens et services consommés ou utilisés. Elle est collectée par les entreprises et intégralement supportée par l’acheteur final. Les transactions économiques ont longtemps été taxées par des impôts pénalisants. Depuis une quinzaine d’années, les six pays ont adopté la TVA, un mécanisme moderne de taxation. Sous réserve des exonérations fixées souverainement par les différents États, la TVA frappe toutes les ventes et prestations réalisées à titre onéreux, ainsi que les importations.

En contrepartie la TVA sur les acquisitions de biens et services est déduite de la TVA due au titre du chiffre d’affaires réalisé. Les taux de TVA varient de 15% à 20% selon les pays (Congo 5,25% et 18,9%, Cameroun 19,25%, Gabon 10% et 18%, Guinée équatoriale : 6% et 15%, Centrafrique : 19%, Tchad 18%). Les biens de première nécessité sont généralement exonérés ou soumis à des taux réduits, les produits de luxe soumis à des droits supplémentaires. Afin de ne pas être pénalisées, les entreprises qui exportent bénéficient d’une déduction de la taxe.

Les salaires

Les rémunérations versées aux salariés des entreprises font l’objet d’une retenue à la source mensuelle au titre des cotisations sociales, des taxes et contributions diverses sur les salaires, mais également au titre de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP). La retenue à la source est un système de recouvrement de l’impôt et de prélèvements sociaux assuré par une entité pour le compte de l’administration qui en est bénéficiaire. L’imposition des salaires tient compte des charges de famille du salarié. Le personnel étranger est passible de l’impôt sur le revenu après 183 jours de présence dans l’année (14 jours au Congo).

Fiscalité pétrolière et autres

L’Afrique centrale dispose de ressources pétrolières, minières et forestières. Les États ont donc adopté pour ces secteurs des régimes spécifiques d’imposition. Par rapport aux recettes pétrolières, la plupart des concessions d’exploitation qui faisaient l’objet de conventions fiscales ont été progressivement transformées en contrats de partage de production qui, aujourd’hui, constituent la norme internationale pour l’exploitation des hydrocarbures. Dans le contrat de partage de production, la notion de fiscalité s’efface au profit d’un partage économique de la production entre le contractant et l’État, dont les taux, déterminés dans les contrats, varient selon, notamment, la nature et la difficulté d’accès aux gisements. La part perçue par l’État dans ces contrats est ainsi réputée « couvrir » l’impôt sur les sociétés des compagnies pétrolières.

Les sous-traitants pétroliers disposant d’un établissement stable dans les pays d’Afrique centrale sont taxés forfaitairement sur la base d’un taux, variable selon les pays, applicable sur le chiffre d’affaires (Congo 7,7%, Cameroun 15%, Gabon 8,3%, Guinée équatoriale 6,25%).

L’incitation aux investissements

Les chartes d’investissement prévoient des régimes d’exonération fiscale pour plusieurs années selon la taille, les moyens et les secteurs d’investissement. Elles prévoient également des garanties sur la pérennité de l’investissement étranger ou national. D’autres régimes organisent des réductions d’impôt en cas de réinvestissement des bénéfices, de fusions de sociétés, etc.

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Carmen Féviliyé et Grégoire Heber-Suffrin

 

NB: Les différents taux relevés dans cet article ne suivent pas les modifications des lois de finance 2018. Prière de contacter la Rédaction.

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A propos CARMEN FEVILIYE 310 Articles
Juriste d’affaires Ohada / Journaliste-Communicant/ Secrétaire Générale de l'Union de la Presse Francophone - UPF section France

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